REPI

De la guerre d’usure à la stratégie du chaos : une histoire sociale de la planification de la guerre


Auteur(s): 
WASINSKI Christophe
Editions: 
Actuel Marx
Année: 
2019
Pages: 
119 à 134

WASINSKI Christophe, "De la guerre d’usure à la stratégie du chaos : une histoire sociale de la planification de la guerre" dans Actuel Marx 2019/1 (n° 65), pages 119 à 134

Comment nos sociétés sont-elles passées, en deux cents ans environ, d’une planification industrielle à une planification néolibérale de la guerre ? Tout n’a certes pas changé, en deux siècles, dans les conflits armés. Au même titre que les guerres du passé, les guerres contemporaines sont meurtrières et coûteuses. Cela dit, les sociétés pensent et préparent la guerre différemment aujourd’hui qu’au cours du xixe siècle. On voit émerger au xixe siècle une conception de la guerre et de sa planification basée sur la standardisation des techniques et des tactiques et sur la destruction de masse. La conception et la planification des conflits contemporains, comme ceux menés ces vingt dernières années au Kosovo, en Afghanistan, en Irak ou encore en Libye, s’appuient davantage sur les capacités « disruptives » des moyens « hi-tech », « révolutionnaires » ou « innovants », au service d’une « stratégie du chaos ». Le fait que l’indicatif radio de Jim Mattis, l’actuel secrétaire à la Défense des États-Unis, lorsqu’il était déployé en Irak comme général du corps des Marines, était « chaos » donne une illustration de ce phénomène [1][1]Weinstein Adam, « Want To Know How Mattis Got The Callsign…. Pour le dire autrement, la planification des conflits des années 2000, et les discours qui l’entourent, paraissent traditionnellement associés au néolibéralisme et à son objectif de dérégulation à outrance. Qu’il soit bien clair cependant que le problème posé ici n’est pas celui de savoir si la guerre est devenue moins meurtrière (de façon générale, elle l’a toujours été et elle le reste) ou plus efficace (de façon générale également, elle a généré de l’instabilité sociale et politique et continue d’en produire). Notre objectif consiste à analyser les mécanismes qui sont à l’origine des transformations de la guerre et de sa planification. La connaissance de ces mécanismes s’avère à nos yeux essentielle car ils jouent un rôle de premier plan dans la perpétuation des conditions sociales qui permettent à la guerre de s’épanouir. En d’autres termes, ces mécanismes ne se contentent pas de faire évoluer la technique des opérations mais font aussi en sorte que la violence militaire se maintienne à l’horizon des possibles pour nos sociétés.