REPI

AAC Congrès AFSP 2019: "La production des savoirs sur la guerre: enjeux méthodologiques et éthiques"


Mercredi, 14 Novembre, 2018 - 10:04

Congrès AFSP & CoSPoF 2019

Bordeaux 2-4 juillet  2019

Appel à communications – Section thématique 38

LA PRODUCTION DES SAVOIRS SUR LA GUERRE : ENJEUX MÉTHODOLOGIQUES ET ÉTHIQUES

PRODUCING KNOWLEDGE ON WAR: METHODOLOGICAL AND ETHICAL ISSUES

 

Responsables scientifiques :

  • Marielle Debos (Université Paris Nanterre, Institut des Sciences sociales du Politique (ISP) debos@parisnanterre.fr
  • Christophe Wasinski (Université libre de Bruxelles, Centre Recherche et Études en Politique Internationale - REPI) christophe.wasinski@gmail.com

Les propositions de communication, en français ou en anglais, sont à envoyer avant le 12 décembre 2018 aux responsables scientifiques.

Les communications sur l’androcentrisme et l’ethnocentrisme des savoirs sur la guerre sont particulièrement bienvenues.

AAC ST38 (PDF)

Qui produit des savoirs sur la guerre et dans quelles conditions ? Avec quels effets sur les savoirs produits ? Historiquement, les recherches sur la guerre ont souvent été conçues et diffusées à partir d’institutions  militaires  ou  d’universités  et  de  centres  de  recherche  bénéficiant  du  soutien  des ministères de la Défense. Ces conditions sociales et institutionnelles ont soutenu la production d’un savoir souvent épistémologiquement positiviste et peu réflexif. La recherche a fait la part belle à des analyses surplombantes, adoptant la perspective des décideurs militaires et politiques et négligeant de prendre en considération les effets de la violence armée sur le terrain, pour les civil.e.s et les militaires. Le champ des études de la guerre, essentiellement masculin, a en outre produit un savoir largement  androcentré.  Qu’il  s’agisse  de  pensée  stratégique  classique,  d’histoire  militaire  ou d’études  stratégiques,  le  constat  est  relativement  identique.  Ce  sont  surtout  les  hommes  des centres de recherche occidentaux, bénéficiant souvent de soutiens institutionnels et financiers des forces armées, qui ont pensé et étudié la guerre et adopté une vision ethnocentriste de celle-ci.

Cette section thématique cherche à savoir ce que deviennent ces biais dans le contexte actuel notamment marqué par la baisse des financements récurrents de la recherche et la croissance des financements du ministère des Armées, ainsi que par l'introduction de politiques scientifiques qui reprennent à leur compte des notions construites par les acteurs des politiques de sécurité ("radicalisation",  "terrorisme",  "violence  criminelle",  etc.).  En  d'autres  termes,  la  section  thématique cherche à penser les conditions d'une recherche réflexive et scientifique sur la guerre.

Tout  d’abord,  les  postures  et  pratiques  épistémologiques  des  chercheur.e.s  reflètent-elles  leurs positionnements institutionnels ? Observe-t-on un rapprochement entre le monde académique et militaire ? A titre d’exemple, en mai 2018, les directions du CNRS et du renseignement militaire ont signé une convention qui doit donner un cadre formel à la coopération entre chercheur.e.s et agents du   renseignement   militaire.   Assiste-t-on   à   une   reconfiguration   des   rapports   entre   champs académique et militaire ? Les chercheur.e.s modifient-ils leurs approches et questionnements pour obtenir des autorisations d’accès à leurs terrains ? Quelles stratégies ont-ils dû mettre en place pour avoir les autorisations, de plus en plus difficile à obtenir, pour se rendre dans des zones considérées comme dangereuses ?

 

Ensuite,   les   récentes   évolutions   de   l’université   (néolibéralisation,   injonctions   à   produire   des recherches utiles aux gouvernants) ont-elles fait évoluer les rapports entre savoirs académiques et experts sur la guerre ? Ont-elles une incidence sur les capacités à remettre en question les « cadres de guerre » (Butler) dominants et à s’affranchir des perspectives ethnocentristes et androcentrées ?

Enfin, comment les chercheur.e.s, pris.e.s individuellement ou au sein de collectifs et d’institutions, déterminent-ils ce qui est acceptable ou non en matière de recherche ? Concrètement, quelles sont nos  pratiques  face  aux  conflits  d’intérêt ?  Sont-ils  purement  et  simplement  occultés,  déclarés préalablement à des fins de transparence, régulés par des chartes éthiques, encadrés par le recours à des outils théoriques et autres protocoles de recherche destinés à mettre de la distance entre le ou la chercheur.e et ses préférences, ou encore justifiés après-coup afin de les relativiser ?

Les  responsables  de  la  section  thématique  sont  intéressé.e.s  à  la  fois  par  des  propositions  de contributions portant sur des études de cas délimitées, historiques ou contemporaines, et par des propositions  de  contributions  d’ordre  réflexif,  invitant  les  chercheur.e.s  à  relire  leur  parcours  afin d’interroger les choix méthodologiques, épistémologiques et éthiques qui ont été les leurs.

[EN]PRODUCING KNOWLEDGE ON WAR: METHODOLOGICAL AND ETHICAL ISSUES

Who does research on war, in which conditions, and how does this impact the knowledge that is produced? Historically, research on war was largely designed and circulated in close collaboration with military institutions or within universities / research centers supported by the ministries of Defense. These social and institutional conditions have introduced a bias towards positivist research designs  or  approaches  that  have  shown,  epistemologically  speaking,  little  reflexivity.  Concretely, priority has often been given to approaches which adopt the perspective of the military organizations and political decision-makers. This framing has left little space for the understanding of the social practices on the ground and for the analysis of the concrete effects of armed violence for  civilians  and  soldiers.  On  top  of  this,  research  on  war  has  long  been  dominated  by  male practitioners. In this respect, classical strategic thought, military history and contemporary strategic studies make no exception. These research fields have long been dominated by men who work in Western research institutions benefiting from institutional and financial supports of the armed forces, and who study war through a strong androcentric and ethnocentric lens.

This thematic panel aims at investigating whether the aforementioned biases are still operating and to what extent. This question appears all the more crucial in a context marked by the diminution of traditional public funding, the proliferation of funding coming from the defense ministries, and the emergence of research policies that encourage scholars to recycle notions crafted by state security actors (« radicalization », « terrorism », « criminal violence », etc.). In other words, the thematic panel proposes to reflect upon the conditions for the development of reflexive and scientific research on war. This general orientation may translate into the following questions.

Firstly, can we observe a link between the scholars’ epistemological stances and practices and their institutional positions? Do we witness a rapprochement of the academic and military worlds? For example, in May, 2018, the board of the CNRS and the French military intelligence directorate signed a convention which formalized the cooperation between researchers and military intelligence services. This poses the question of the form and extent of the reconfiguration of the relationship between  the  research  and  the  military  fields.  Do  scholars  adapt  their  approaches  and  research questions in order to obtain clearances to access their fields? What are the strategies used by scholars who need special authorizations in order to conduct fieldwork in conflict zones when these authorizations are harder and harder to obtain?

Secondly,  we  will  welcome  papers  that  investigate  how  the  aforementioned  evolutions  in  the academic field (neoliberalization, increasing pressure to produce policy-oriented research) impact the relations between academic and expert research on war. Has this evolution also impacted the scholarly ability to put into question the dominant « frames of war » (Butler) and to get rid of ethnocentric and androcentric perspectives?

Thirdly, how do researchers and research institutions determine what is ethically acceptable or not regarding the research? Concretely, how can one deal with potential conflicts of interest? Do we put them in the dark, expose them publicly for the sake of transparency, regulate them through ethical codes, control them through the recourse to theoretical tools and other research protocols intended to put some distance between scholars and his/her preferences? Or, do we simply justify them after the research has been done in an attempt to overlook them?

The conveners of this panel are interested in papers on historical and contemporary cases, as well as in reflexive analyses, thereby inviting scholars to re-appraise their professional trajectories and to question their own methodological, epistemological and ethical choices.

Paper proposals must be sent by e-mail to each of the panel’s conveners before December 12th2018.